Retrogaming : émulation ou console d'origine ?

Retrogaming : émulation ou console d'origine ?

Depuis quelques années, l’émulation s’affiche comme la solution ultime pour la pratique du retrogaming sans avoir à débourser une somme astronomique dans le matériel et les jeux. Pourtant, il existe encore d’irréductibles retrogamers qui ne jurent que par le support d’origine, lui-seul capable de retranscrire au pixel près l’expérience de ces jeux d’antan qui ne cessent de nous faire rêver. Mais quand est-il vraiment ? Peut-on réellement se contenter d’un émulateur ou faut-il systématiquement posséder le support d’origine lorsque l’authenticité devient une priorité ?

Au début des années 2000, j’ai connu une longue période durant laquelle je me suis pleinement adonné aux joies de l’émulation afin de découvrir la suprême NeoGeo, mais aussi pour renouer des liens solides avec la Master System et la Mega Drive, deux consoles chères à mon cœur. Avant de me jeter la pierre, je dirais pour ma défense qu'à l'époque, j’étais un jeune adolescent fauché et l'émulation se présentait à moi comme une révolution technologique offrant plus d'avantages que le support d'origine, puisque non limité par un hardware vieillissant. De nos jours, utiliser un émulateur peut paraître banal, mais à l’époque c'était incroyable de pouvoir améliorer la qualité graphique d’un jeu sur PlayStation par exemple, donnant vie à tous les fantasmes possibles sans même avoir à détenir la console à la maison.

La magie de l’émulation

C'est indéniable, l'émulation possède de nombreux avantages, surtout depuis que ces programmes sont désormais capables d'émuler presque toutes sortes de machines avec une multitude de fonctionnalités à la clé comme un système de sauvegardes, le changement de fréquence, l'overclocking des composants, les filtres graphiques en pagaille, le ré-échantillonnage audio, la possibilité de jouer en ligne ou, récemment, la présence de trophées à remporter sur le site RetroAchievements. L'émulation favorise aussi le gain de place dans son logement, car il n'y a plus aucune raison de stocker consoles, accessoires et jeux pouvant s'avérer encombrant au bout de quelques années, à moins d’assumer pleinement le collectionneur chevronné qui réside en vous.

Cerise sur le gâteau, la majorité des émulateurs sont disponibles gratuitement, sous licence open source, idéal pour les retrogamers peu fortunés n'ayant plus à s’acquitter du prix d’une ancienne console, mais aussi de ses jeux, puisqu'on les trouve librement sur de nombreux sites spécialisés. Si d'un point de vue juridique, l'utilisation d'un émulateur ne pose aucun problème, cela devient purement illégal lorsqu’il fonctionne avec un BIOS ou un jeu téléchargé. Bien que la pratique soit « tolérée » par l’industrie du jeu vidéo, il faut garder à l’esprit que la seule façon de jouer en toute légalité avec un émulateur exige d’utiliser ou d’extraire les données d'une console ou d'un jeu que l’on détient. Une autre alternative, moins contraignante, consiste à se procurer la réédition d’un ancien classique en échange de quelques euros auprès de l’éditeur. Ces jeux disponibles sur les plateformes de téléchargement reposent généralement sur un émulateur réalisé en interne permettant d'engendrer un taux de bénéfices croustillant pour l’éditeur qui n'aura dépensé pratiquement rien dans leur conception.

Nintendo fut l'un des premiers à profiter de l'engouement actuel pour le rétro avec son service en ligne la « Console virtuelle » dont le catalogue ne cesse de s’étoffer chaque jour. La firme japonaise a aussi expérimenté la réédition de consoles avec la NES Mini, un micro-PC sur lequel repose une version customisée de Linux et un émulateur et quelques jeux fournis dans la mémoire interne. Malgré sa faible production, la NES Mini a été un moyen simple et efficace pour Nintendo de générer des bénéfices fructueux comme en témoignent les précédentes ruptures de stock faisant le bonheur des spéculateurs. D’autres constructeurs moins connus s’y sont essayés par le passé, mais ces machines furent toutes des échecs en partie à cause d’un prix ne justifiant en rien la qualité déplorable de ces produits. Dans le lot, on pourrait aussi citer la Mega Drive de chez AtGames, mais il ne s’agit pas d’émulation puisque l’idée est de recopier le fonctionnement du système avec des composants « low-cost » par rapport au matériel de l’époque afin de limiter au maximum les coûts de production. Fichus actionnaires !

Une émulation imparfaite

Malgré tous les efforts accomplis durant ces dernières années, l’émulation est encore loin d'égaler l’authenticité et la qualité offerte par le support d'origine. C'est en faisant la navette entre la console et l’ordinateur que l'on constate que ces émulateurs sont imparfaits. Vitesse différente, ralentissements absents ou apparaissant aléatoirement, problèmes d'affichage, plantages, bugs, latence des commandes et j'en passe. Ce sont ces différences qui m’ont poussé à arrêter partiellement l’émulation qu’elle soit légale ou non. Je me souviens encore m’être arraché les cheveux sur Shinobi III : Return of the Ninja Master dans sa version Steam et plutôt qu’attendre une mise à jour inespérée, j’ai décidé d'acquérir au plus vite le titre sur Mega Drive afin d’être certain d’y jouer dans de bonnes conditions. Chose qui s'est confirmée avec une facilité déconcertante à refaire certains passages que je considérais éprouvants à cause des saccades et d’une latence au niveau des commandes. Si je n'avais pas pris la peine d'essayer le jeu sur son support d'origine, il ne fait aucun doute que mon jugement aurait été très différent de ce qu’il pourrait être aujourd’hui.

Même constat avec OutRun Turbo, tout juste essayé avec émulateur après avoir remporté son enchère sur eBay. En règle générale, je me renseigne un tant soit peu avant d’acquérir un nouveau jeu, mais quand on a été développé par Yu Suzuki en personne, on fonce les yeux fermés. Cependant, j'ai vite déchanté au point de songer à revendre mon exemplaire après quelques parties où j'ai été confronté à une vitesse d’affichage délirante et à une maniabilité hasardeuse ne permettant pas de négocier convenablement les courbes. Dans le doute, j’ai quand même décidé d'essayer le jeu sur son support d'origine et contre toute attente, l’expérience fut vraiment plaisante grâce à la disparition totale des difficultés précédemment rencontrées avec l'émulateur.

Je pourrais également vous parler de The Revenge of Shinobi, lui aussi sur Mega Drive, où j’ai remarqué, par le plus grand des hasards, une énorme différence au niveau du timing. En effet, au tout début de l’acte 1 du stage 7, se trouvent deux ennemis sur une plateforme accessible en effectuant un double-saut. Sur Mega Drive, il est possible d’effectuer une attaque en étant dans les airs afin d’éliminer les deux ennemis en même temps. En revanche, sur l’émulateur, seul le premier ennemi est touché, tandis que le second lance rapidement un shuriken qui nous projette dans le vide si on n’a pas le réflexe de s’accroupir immédiatement. Sur Mega Drive, même en ratant le deuxième ennemi, ce dernier n’a jamais le temps de tirer un projectile. J’ai également constaté qu’il n’était pas possible de tuer à l’avance des ennemis dont on connaissait leur position contrairement au jeu sur son support d’origine. Cela peut paraître anodin, mais cette différence de timing change radicalement l’expérience.

Le problème se reproduit avec pratiquement tous les autres jeux, mais lorsque l'on se contente de jouer sur un émulateur, il devient très difficile d’en avoir conscience, ce qui fausse donc notre jugement. Si vous avez été déçu par un jeu redécouvert par le biais de l’émulation, je ne serais trop vous conseiller de retenter l'expérience, cette fois, sur le support d'origine avec un bon écran cathodique afin de confirmer ce sentiment.

Authenticité, oui, mais à quel prix ?

Quand on y regarde de plus près, un émulateur n’est rien d’autre qu’un programme destiné à « imiter » aussi fidèlement que possible le comportement d’une machine et c’est là que réside toute la difficulté de la tâche. Même avec une bonne documentation du constructeur, il est presque impossible de retranscrire à l’identique le fonctionnement d’un processeur aussi vieux soit-il. Oui, on pourrait obtenir une émulation d’excellente qualité moyennant une équipe de développeurs talentueux, mais il faudrait disposer d'une véritable machine de guerre pour émuler une console d'une puissance équivalente à celle de la Mega Drive ou de la Super Nintendo. Imaginez la puissance de calcul nécessaire à l'émulation d'une console aussi complexe que la Saturn et vous comprendrez pourquoi le support d'origine reste encore la meilleure solution pour le retrogamer en quête d’authenticité. De plus, l’aspect matériel influence positivement notre jugement en raison de l'attachement très fort que nous éprouvons à l'égard d’une console et de ses jeux. Nous sommes alors plus enthousiastes face aux œuvres que l'on aurait certainement boudées si nous les avions essayées sur un émulateur plutôt que sur leur support d'origine. Preuve à l’appui avec ces personnes qui, impulsivement, téléchargent la ludothèque complète d’une console pour finalement tout bazarder après avoir essayé quelques jeux à la va-vite.

Néanmoins, le support d'origine est un luxe qu'il est difficile de s'offrir depuis que le jeu vidéo est assimilé à un objet de collection créant alors une spéculation hors-norme autour du rétro. Avec de la patience, des astuces et du temps libre, il est encore possible de se constituer une petite ludothèque raisonnablement, mais il faudra faire une croix définitive sur les pièces rares ou injustement surcotées. Pour ceux ne souhaitant en aucun cas entendre parler d'émulation, il reste la solution des fameuses « flashcart » pour les consoles à cartouches ou bien l’installation d’une puce permettant de lire les jeux gravés. C'est une alternative moins glorieuse, je vous l'accorde, mais tant qu’à jouer illégalement avec un émulateur, autant le faire directement sur la console pour retrouver de meilleures sensations. Attention toutefois, dans cet article, je n’incite en aucun cas le piratage ni le téléchargement illégal de jeux vidéo. C’est une pratique que je dénonce fermement, mais faute de vraies solutions, je suis forcé de faire le constat d’une situation déplorable qui risque d'empirer dans les prochaines années.

Conclusion

Il m’est très difficile de répondre génériquement au choix à faire face à l’émulation et au support d'origine, car il s'agit avant tout d'une décision personnelle à prendre en fonction de ses exigences et de ses besoins. Par exemple, un collectionneur préférera jouer avec un émulateur afin de préserver la durée de vie de son matériel, tandis que le support d'origine s'imposera naturellement lorsque le retrogaming s'avère être une véritable passion, bien au-delà de l'aspect objet de collection. Pour d'autres, l'émulation est un moyen simple et confortable de nourrir sa curiosité culturelle sans avoir besoin de débourser d’importantes sommes d’argent pour retrouver un soupçon d’authenticité. Cependant, consoles et jeux sont loin d’être des objets éternels et il viendra le jour où l’émulation sera l’unique choix possible lorsque les exemplaires se feront de plus en plus rares sur le marché. Espérons, les constructeurs finissent par prendre conscience qu'il est plus que nécessaire de relancer la production de ces vieilles machines et de leurs jeux afin de réguler le marché en plus d’apporter d’importants bénéfices à celui qui saura satisfaire notre appétit insatiable pour le rétro.

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A propos de l'auteur

kentosama

Joueur invétéré depuis l'avènement des consoles 8 et 16-bits, je m'adonne pleinement aux joies du retrogaming tout en partageant ma passion et mon avis critique à travers ce blog.

Commentaires

kentosama

le 21/08/2017

Merci pour ton retour Seven Sam. Je rencontre assez souvent ce problème quand j'essaie un jeu en émulation. Globalement je trouve le niveau difficulté plus difficile, mais cela est sûrement dû à la latence et le mauvais timing des émulateurs.

Il est clair qu'une fois sur la console d'origine, le jeu devient nettement plus confortable et les commandes réagissent mieux, ce qui rend forcément, le jeu plus accessible.

Je me souviens encore avoir péter les plombs sur Shinobi III surtout vers le boss de fin où c'était carrément impossible de la battre sans recourir à des plusieurs sauvegardes. Bizarrement, sur console, c'était nettement plus facile.

Seven Sam

le 18/08/2017

J'ai fait le même constat avec les jeux de combats

Essayer la serie des Street Fighter & Mortal Kombat sur emulation puis sur console avec le même niveau de difficulté et ce n'est pas du tout comparable, sur emulation un niveau débutant ressemble a un niveau pro expert sur console... je n'arrive a pas a gagner un seul combat, même pas a réspiré :D alors que sur console je n'ai aucun soucis (en 50/60Hz)

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