Véritable référence dans les salles d’arcade à la fin des années 80, la série Shinobi s’est très vite imposée sur Mega Drive avec le cultissime The Revenge of Shinobi qui fut élaboré afin de soutenir la nouvelle console de SEGA après un lancement difficile malgré un line-up convainquant. Grandement inspiré par le film américain Revenge of the Ninja de Sam Firstenberg, le jeu met en scène un guerrier ninja du nom de Musashi parcourant le monde entier dans le but d’anéantir une organisation secrète retenant prisonnière sa bien-aimée. Bien que le jeu ait été plusieurs fois réédité au travers de multiples compilations sur différents supports, c’est avec le plus grand honneur que je vous propose le test complet de The Revenge of Shinobi sur Mega Drive, mais attention, tenue de ninja et shurikens sont exigés pour en apprécier sa lecture…

Après un succès grandement mérité de Shinobi aussi bien sur le System 16 que sur Master System, il était urgent pour SEGA de sortir un nouvel opus sur Mega Drive afin de faire décoller la console qui peinait à s’imposer sur le marché. Pourtant la nouvelle console de SEGA était loin d’avoir un mauvais line-up puisqu’à l’exception d’Alex Kidd in the Enchanted Castle, on y retrouvait les plus grands succès de l’arcade à savoir Altered Beast, Super Thunder Blade, Thunder Force II, Space Harrier II, puis un peu plus tard, Golden Axe et Columns qui furent tout deux disponible à la sortie européenne de la Mega Drive.

Avec The Revenge of Shinobi, SEGA récidive encore avec l’arcade à la maison, mais cette fois le jeu est développé spécifiquement pour la Mega Drive afin de démontrer au public la supériorité technique de la console face aux vieillissantes NES et PC-Engine. Ce fut une décision fort judicieuse de la part de SEGA qui pouvait à la fois profiter de la notoriété des précédents opus et de la popularité des films de ninja qui furent légion dans les années 80.

De tête, je pourrais vous citer Enter the Ninja (1981), Ninja in the Dragon\'s Den (1982), Ninja Terminator (1985), American Warrior (1985), Miami Connection (1987) ou encore Pray of Death, mais c’est The Revenge of Ninja de Sam Firstenberg qui fut retenu pour inspirer l’ensemble du studio AM7. Dans la cinématique d’introduction, on retrouve d’ailleurs le visage de l’acteur Sho Kosugi qui sera également repris sur la pochette du jeu dans sa version japonaise uniquement. À l’instar du Japon où le jeu est intitulé The Super Shinobi, par chez nous le titre faisait vaguement allusion au film de Sam Firstenberg certainement pour capter un plus large public.

Au secours de la belle Naoko...

Tout comme le film de Sam Firstenberg, la trame scénaristique s’oriente principalement sur le thème de la vengeance où l’action se déroule trois ans après que le ninja Joe Musashi ait déjoué les plans machiavéliques de l’organisation criminelle Zeed. Durant son absence, l’armée des Zeed rebaptisée en « Neo Zeed » lance une attaque-surprise en guise de représailles contre le clan Oboro. Désemparé par la mort de son maître et la disparition de se fiancée, Musashi n’a nul autre choix que de traquer les coupables afin sauver la belle Naoko et d’assouvir sa soif de vengeance. Sa mission est loin d’être de tout repos pour cet expert en arts martiaux qui devra faire face à toute une armada d’ennemis en tout genre. Seul contre tous, le ninja devra exceller dans la maîtrise des techniques secrètes du ninjutsu et chercher au plus profond de lui-même le courage ainsi que la force d’affronter l’armée des Neo Zeed, mais rien n’est impossible pour tout être animé par un amour inconditionnel envers sa bien-aimée.

Pour mener à bien sa mission, Musashi devra voyager entre le Japon et l’Amérique du Nord au travers de 8 districts divisés chacun en 3 étapes dont la dernière révèle systématiquement un boss à affronter. Durant sa progression, notre héros peut utiliser des shurikens, mais à la différence du premier opus, ces derniers ne sont plus disponibles en quantité illimitée. Il est donc nécessaire de les utiliser à bon escient, car une fois à court de shurikens, il faut obligatoirement attaquer les ennemis au corps à corps grâce à un poignard s’avérant fort pratique pour éliminer une cible furtivement ou bien contrer une attaque distante. Une fois en position accroupie, notre personnage balance rapidement de multiples coups de pied pour éliminer un ennemi difficilement accessible par exemple. Mieux encore, le « sauts périlleux » permet d’éviter de nombreux obstacles ou bien de lancer une multitude de shurikens dans les airs pour faire un max de dégâts aux alentours.

Quatre nouveaux pouvoirs magiques font leur apparition et contrairement à Shinobi, ces derniers ne sont plus imposés à chaque niveau. En effet, il suffit de mettre le jeu en pause et d’utiliser la croix directionnelle pour switcher entre les différents pouvoirs permettant de se protéger grâce à un bouclier magnétique, d’enflammer les ennemis se trouvant dans les alentours, d’augmenter sa détente verticale ou bien d’effectuer une attaque kamikaze dévastatrice en échange d’une misérable vie. Utilisable une seule fois par vie, ces différents pouvoirs seront d’une grande aide pour se sortir de situations délicates, mais sachez qu’il est tout à fait possible de s’en passer une fois que l’on a une maîtrise parfaite du jeu.

Une évolution majeure pour la série

Même si les développeurs ont décidé de garder les principaux ingrédients qui ont fait le succès de Shinobi, cette suite se veut très différente en partie grâce à de nombreuses améliorations signant une évolution majeure pour la série. À commencer par l’absence du compteur de temps qui n’a plus aucune utilité étant donné que l’objectif principal n’est plus de libérer des otages dans un temps imparti avant de passer au niveau suivant. De plus, le passage sur Mega Drive nous offre des niveaux plus grands et plus complexes où il faut éviter moult pièges à la manière d’un jeu de plateforme traditionnel. La moindre erreur peut s’avérer fatale pour le ninja comme tomber dans le vide, heurter par une voiture en mouvement, tomber dans de la lave ou bien être aspiré en dehors d’un avion.

Fort heureusement, Musashi dispose maintenant d’une petite barre d’énergie pouvant s’agrandir au fur et à mesure que le joueur gagne des points, mais histoire de ne pas rendre le jeu trop facile, cette dernière reprendra sa taille initiale une fois le stock de vies épuisées avant de recommencer depuis le début le district en cours. C’est plutôt trivial, mais les développeurs ont eu la délicatesse d’insérer dans chaque étape quelques petites caisses en bois pouvant dissimuler un item offrant de l’énergie, des shurikens, un Ninjitsu ou bien une vie supplémentaire. Toutefois prudence est de mise, car ces caisses contiennent parfois une petite bombe artisanale pouvant occasionner de sérieux dégâts au personnage en plus de le propulser violemment dans les airs une fois l’explosion déclenchée.

Musashi n’est pas le seul à avoir évolué puisque les ennemis ont fait peau neuve et possèdent chacun leur propre technique de combat. Les ninjas sont capable de se téléporter, sauter, lancer des shurikens ou bien de planer dans les airs avec un deltaplane tandis que les samouraïs ont la faculté de bloquer les attaques distantes et de donner de puissants coups de sabre une fois proche de leur adversaire. Comme si cela ne suffisait pas, il faut aussi combattre des adeptes d’arts martiaux et un commando d’élite lourdement armé, mais ce n’est rien en comparaison des différents boss présents dont la plupart proviennent du cinéma américain tels que Terminator, Batman, Spiderman ou encore l’impressionnant Godzilla.

Les plus attentifs remarqueront la présence du célèbre Rambo représenté par un soldat très musclé portant un petit bandeau rouge autour de la tête. C’est ce que l’on peut appeler recruter du personnel hautement qualifié, mais malheureusement beaucoup d’entre eux ont été supprimés ou plutôt modifiés pour des raisons de droit. Dans les premières révisions du jeu, Batman a été tronqué par une sorte de créature volante ressemblant fortement à une chauve-sourie tandis que Rambo a perdu sa belle chevelure peut-être à cause d\'une utilisation prolongée de stéroïdes anabolisants… Pas bien !

J’aimerais tout de même souligner un point important concernant les dernières versions du jeu publiées à destination des consoles récentes et autres plateformes mobiles, car SEGA n’ayant pu renouveler sa licence auprès de Marvel Entertainment, Spiderman est désormais représenté par un étrange personnage vêtu d’une combinaison rose bonbon qu’il est impossible de louper. Voilà une excellente raison de préférer la version Mega Drive de The Revenge of Shinobi d’autant plus que Godzilla a aussi subi quelques modifications esthétiques puisqu\'on ne voit désormais plus que son squelette et ses organes.

Un gameplay millimétré

Le game-play de Shinobi était déjà très bon, mais avec ces petites améliorations et autres ajustements, The Revenge of Shinobi frôle la perfection. Aujourd’hui encore, la recette fonctionne merveilleusement bien et le plaisir reste intact malgré toutes ces années passées. Manette en main, chaque action nécessite une précision chirurgicale pour éliminer les ennemis tout en évitant les obstacles qui se dressent sur notre chemin, mais fort heureusement la prise en main est de bonne facture même si je dois reconnaître que l’exécution du « saut périlleux » s’avère plutôt délicate aux premiers abords.

Alors forcément, c’est décourageant de tomber à plusieurs reprises dans le vide pour une raison ou une autre, mais avec un peu de persévérance et d’entraînement, il est tout à fait possible de maîtriser le mouvement. Par ailleurs, il est très important de savoir que le gameplay repose essentiellement sur un timing précis obligeant le joueur à exécuter ses action au bon moment. Connaître sur le bout des doigts la position de chaque ennemi est tout aussi important afin de les éliminer le plus rapidement possible, car le moindre impacte avec leur projectile peut nous faire tomber dans le vide. Je n’irais pas jusqu’à dire que The Revenge of Shinobi est un jeu extrêmement difficile, mais toute la difficulté réside dans la subtilité à maîtriser le timing et d’analyser rapidement les scènes d’action.

Les novices du genre seront heureux d’apprendre que le menu des options propose pas moins de quatre niveaux de difficulté avec le choisir le nombre de shurikens disponibles en début de partie. Il est nécessaire de bien s’entraîner avant d’attaquer les modes de difficulté difficile et très difficile, car une seule vie est disponible par crédit et les attaques ennemies font de gros dégâts. De plus, le jeu propose deux fins différentes à découvrir en fonction de notre faculté à libérer Naoko avant qu’elle ne finisse tragiquement écrabouillée par le plafond de sa cellule. Clairement, il est très difficile d’obtenir la bonne fin, car à la moindre erreur, le joueur est obligé de recommencer le jeu depuis le début !

Arcade oblige, le titre ne brille pas par sa durée de vie qui ne dépasse pas l’heure de jeu, mais pour peu que vous accrochiez avec son gameplay millimétré et son univers à la sauce ninja, il ne fait aucun doute que vous retenterez l’expérience plus d’une fois ne serait-ce que pour le plaisir de massacrer du Neo Zeed à tout-va et parfaire la maîtrise du shinobi. On ne s’en lasse jamais et je dois dire qu’il m’arrive d’y rejouer très régulièrement tant ce jeu est addictif. Aujourd’hui, je regrette seulement qu’il ne soit pas possible de sauvegarder ses meilleurs scores sur la cartouche, mais il est possible de les inscrire sur une page à la fin du mode d’emploi, ce qui est toujours mieux que rien.

The Revenge of Shinobi étant sorti quelques mois après le lancement de la Mega Drive, il est donc logique que studio AM7 n’ait pas su exploité toutes toutes les capacités de la console. Néanmoins, le rendu visuel se veut plus qu’honorable pour l’époque en plus d’être une belle démonstration de ce qu’il était possible de faire sur cette machine à ce moment-là. Une génération nous sépare du précédent volet et il en résulte un bond graphique fulgurant, de tel qu’il est à vue d’œil très difficile de déterminer un lien de parenté entre ces deux jeux. Malgré le manque de couleurs, le titre se défend plutôt bien avec de jolis sprites, une belle animation et des décors soignés. Au cours de mes nombreuses parties, je n’ai pas remarqué de problèmes d’optimisation si ce n’est quelques ralentissements qui surviennent de temps à autre lorsque trop d’ennemis sont présents à l’écran, mais ils ne gâchent en rien l’expérience de jeu de par leur rareté.

Dans le même esprit, la bande-son a hérité d’une réalisation très soignée, mais il n’y a rien d’étonnant à cela puisque c’est le prodigieux Yūzō Koshiro qui a enregistré les différentes compositions musicales présentent sur la cartouche. À la fois mélodieuses et entraînantes, les musiques s’accompagnent d’effets sonores de qualité se mêlant parfaitement bien avec les musiques. Le travail réalisé est ici exemplaire en plus d’être encore une fois une belle démonstration de ce qu’il était possible de faire avec le processeur audio de la Mega Drive. J’apprécie énormément la musique intitulée « My Lover » que j’utilise quotidiennement pour me réveiller avec l’esprit shinobi avant d’aller travailler. Naturellement, j’apprécie tout autant le reste des compositions que j’écoute fréquemment comme « Long Distance », « Ninja Step », « Silence Night » ou encore « The Ninja ». Que du bonheur pour les oreilles !